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2013 AG-03
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Ecrivains - Borokof

AVŜALOM KAVE, kiu naskiĝis en 1946, estas freŝdata verkisto de la israela literaturo. Lia vivo spegulas la diversajn aspektojn de tre moviĝema socio. Post juneco kadre de kibuca movado, li fariĝis faka laboristo, komerca maristo,vagisto,instruanto pri cionismo, raportisto por maldekstra gazeto. Li estas kutima leganto de araba gazeto eldonita en la urbo de Nazareto.Nuntempe li vivas en moŝavo ie-ajn en Galileo.
« Bouŝot », nome « hontindaĵoj », estas lia unua libro. La libro entenas 24 ĉapitrojn. Ĉiu el ili rakontas gravan momenton de lia vivo, foje de vivo de la lando. La stilo de nia verkisto estas samtempe simpla kaj morda. Li havas kalkulon kun iu aŭ alia, aparte kun Arielo Ŝarono. La libro tuj konis sukceson tiel ke la aŭtoro ricevis la premion « Ŝaronon » - ironio de la sorto !-
Post la sukceso de ĉi-tiu verko, la eldonisto petis ke la verkisto daŭrigu verki. Do pojare nova libro aperas. La lasta entenas rakontoj pri liaj travivaĵoj kiel maristo.Mi ne ankoraŭ legis ĝin.
Mi renkontis Abŝalom antaŭ 30 jaroj, kiam li estis raportisto por la maldekstra gazeto. Mi agrable parolis kun tiu simpla kaj entuziama tridekjarulo ; pacema kaj muzikema. Ni kune aŭskultis diskon kies la muzikistoj estis…birdoj !
Mi elektis la ĉapitron « La arko de Borokovo », kiu spegulas la filozofion de Avŝalom. Li revas faligi la murojn, kiujn la homoj senĉese starigas por elpuŝi la aliajn. Kaj samtempe travidiĝas ia malespero, sume la tragika homa destino.
Mi devas aldoni ke ĉiu elekto de tiu speco ĉiam enhavas subjektivan vidpunkton. Se tiuj paĝoj ekinteresos kelkajn legantojn, mi ŝatus koni liajn reagojn.

La tradukinto.

 

L’arche de Bourokov ou le beau Nicolas, orphelin attardé.

 

 

                              Le beau Nicolas resta allongé un mois entier dans le quartier fermé. Ses yeux restaient fixés sur un seul endroit du plafond. Pas un mot ne sortit de sa bouche. Il regardait le même point et restait silencieux. A l’hôpital, une rumeur se répandit qui, bientôt, se transforma en certitude: dans ce secteur, le plus dur de tous, d’où s’élèvent habituellement des hurlements à vous déchirer le cœur, avait été jeté un gamin attardé ou un homme encore adolescent, qui était beau à mourir et dont le silence donnait à cette beauté un éclat multiplié, s’il est possible .Comme pour démontrer, peut-être, que la beauté, dans un cas extrême, n’est rien d’autre  qu’un prélude à l’épouvantable, même si le malade lui même refusera de l’admettre lorsque il reprendra conscience et dira : «  je ne sais pas, je suis simplement tombé ». Et cette vague chute, qu’il reçut comme chose allant de soi, se renouvela aussi simplement un après-midi, à son retour  d’avoir accompagné ses amis architectes à un déjeuner d’affaire pour le bureau où il travaillait depuis six mois à la satisfaction de tous, bien qu’il essayait de sous-estimer les espoirs qu’on avait mis en lui, espoirs qui se rattachaient uniquement à la nature de son travail et non à son apparence trop séduisante.

                 Les infirmières de tous les secteurs, même celles du service de jour, relativement plus léger, se regroupaient autour du beau garçon. Lors qu’avec une tasse de café ou de thé en main, elles envahissaient le secteur fermé, qui devenait d’un seul coup très fréquenté, le directeur du secteur, ancien membre du groupe «  L’oignon vert », pensait vendre des tickets d’entrée et avec l’argent financer l’achat d’un appareil de télévision supplémentaire. Elles se dirigeaient vers le secteur par des voies différentes et se dépêchaient vers la chambre blanche la plus soignée du secteur où se trouvait Nicolas avec les yeux toujours fixés au plafond, et leurs regards s’attardaient à chaque endroit possible du visage de celui qui, avec l’aide de bonne relations, avait pu entrer dans cet hôpital de luxe, situé au cœur de sharon, où il y a largeur de cœur et peu de l’état d’esprit de Sharon. L’hôpital comprend un bâtiment central avec, autour, des pavillons et des baraques dans lesquels habitent des misérables n’ayant que l’apparence humaine, qui traînent avec eux des peurs, des anxiétés, des murailles de l’âme. Le ciel se fout  du physique des gens qui se trouvent autour d’eux.

                                                                    Et elles sont assises près du plus beau malade du monde, apportant leur soutien à l’infirmier arabe pour le nourrir. Nicolas, en effet, n’est pas prêt à ce qu’un autre que ces infirmiers arabes  s’occupent de lui, le caressent, le touchent avec tellement de tendresse. Les autres infirmières se demandent ce qu’il peut bien chercher au plafond et pourquoi il ne prête pas attention à leur présence, à leur beauté. Elles se transforment d’infirmières en filles qui font la cour  et alors, elles oublient leur fonction dans cet institut pour paralysés déficients mentaux, de ceux qui se retrouvent par hasard dans un le trou d’un monstre à la mâchoire énorme.. Mais l’infirmier arabe comprit, et cela dès le premier jour  de l’arrivée de ce patient à la beauté particulière, que celui-ci ne regardait pas au plafond, mais beaucoup plus haut. Il essaya de l’expliquer à l’une des infirmières, puis à toutes ses collègues de travail. Mais celles-ci refusèrent d’écouter. Et l’infirmier arabe termina ses soins dévoués et tendres à ce juif standard, qui après avoir repris conscience comprendra encore beaucoup moins le créateur du monde, surtout pour l’ensemble des séparations, des cloisons personnelles, raciales et sociales, et pensera que sa nouvelle fonction sera de partir en guerre pour la suppression de toutes les barrières. Et voilà que notre adolescent attardé, qui se trouvait surtout aux mains des infirmiers arabes, alors que beaucoup d’infirmiers juifs changeaient d’avis politiques et raciaux, après avoir éprouvé dans leur chair ou dans celle de leurs proches, la patience et de la délicatesse sans limites des infirmiers et infirmières arabes envers les malades quels qu’il soient, juifs et arabes réunis, et pas seulement dans les établissements pour malades mentaux. Ce personnel arabe sait faire la distinction entre les nécessités légères et les lourdes et ils savent se montrer durs quand il le faut, surtout lors que un malade ou des malades commencent à se faire du mal ou frapper d’autres personnes. Il faut alors employer la manière forte afin de mettre fin au désordre jusqu’à la prochaine attaque. Et parfois, dans la nuit, montent des cris dans le secteur : il suffit qu’un malade se déchaîne après avoir allumé la lumière autres. Alors les infirmiers de service alertent les renforts des autres secteurs, ceux qui dorment, et finalement le désordre s’apaise et l’on n’entend plus que les larmes à fendre le cœur d’une femme abandonnée seule au monde, ou d’un garçon qui se dresse de toute sa force et qui, maintenant, se promène dans le couloir, traîne les pieds et le personnel infirmier lui demande de s’arrêter. Et celui-ci ricane et court voir si le beau Nicolas a changé quelque chose dans sa position. Et rien n’a changé.

                                 Il arrive parfois que des malades d’autres secteurs se présentent devant l’ange de beauté attirés par la rumeur. A ce moment-là, les lèvres de Nicolas se mettent à remuer. Il voudrait dire quelque chose et ne le peut pas. Aux réunions du personnel médical, le directeur du secteur se veut rassurant : bientôt il va s’éveiller et devenir comme un chacun. Tous les trois jours, ses parents très embarrassés, arrivent pour une visite. Il n’arrivent pas à comprendre ce qui a pu se passer exactement. Et se demandent pourquoi une chose pareille a pu leur arriver. Ils sont des gens tellement gentils et même raffinés, de profession libérale, de grande culture. Les revenus dont ils disposent pourraient leur permettre de vivre sans travailler, mais préfèrent exercer une activité. Ils ont, par ailleurs, trois autres enfants très réussis qui, il est vrai, sont dispersés à travers le monde. Mais c’est si peu de chose devant ce qui leur arrive avec Nicolas. Ils sont touchés dans leurs relations avec leur voisinage et le reste de leurs proches éparpillés un peu partout sur le globe. Lors que les parents arrivent pour la visite, le silence s’installe dans le long corridor et la chambre se vide du cortège des visiteurs locaux, qui ont pris l’habitude de se réunir autour de Nicolas de discuter des sujets les plus divers. La chose indispose le directeur du secteur, celui qui fut dans le passé membre du groupe «  l’oignon vert ». Il exige de l’équipe médicale d’empêcher l’entrée de personnes étrangères dans la chambre et d’y créer des « symposiums » complètement superflus autour du lit du malade(….une ligne incompréhensible).. sauf que Nicolas dira, après avoir recouvré la parole, qu’il était ,au moment de sa paralysie continue, dans une situation d’accumulation de sainteté. Et dans leurs conversations avec l’équipe médicale, les parents reviennent en permanence sur le fait qu’ils ne comprennent pas comment soudain leur chouchou s’était effondré, alors qu’il menait une vie tranquille, bien remplie et merveilleuse, qu’il avait eu tout ce qu’il voulait, qu’ils n’avaient jamais dressé devant lui des challenges au-dessus de sa portée, qu’ils étaient à l’écoute de ses besoins au point que lors qu’ils décidèrent de faire leur vie en Israël, ils eurent le souci de lui laisser terminer ses études d’architecture en Afrique du Sud, sans qu’il eut à se soucier le moins du monde de son quotidien, ils assuraient tout. Il arriva en Israël il y a quatre ans, alors qu’il avait environ vingt-quatre ans. Ils lui apportèrent leur soutien dans son refus de répondre à la conscription, puisqu’il était pacifiste. Et avec l’aide de relations de l’Agence Juive, il fut libéré de toute cette affaire. Ces deux parents si soignés et raffinés ajoutèrent encore que, depuis le début des années trente, ils n’avaient cessé, comme adolescents d’abord et comme adultes ensuite, d’errer à travers le monde. D’origine Lituanienne, leur famille émigra aux Etats-Unis quand ils étaient enfants et depuis lors, vécurent dans une longue liste de pays, avant de se fixer, dans les années qui précédèrent leur installation en Israël, en Afrique du Sud, ensuite en Rhodésie et à nouveau en Afrique du Sud où naquit le bel enfant. A les voir, ce sont des gens de petite taille, aux larges épaules, un peu voûtés, leur hébreu est limité, mais dans le peu qu’ils possèdent, ils peuvent exprimer avec clarté leur désir de retourner en Afrique du Sud ou en Rhodésie et qu’ils espèrent que d’ici là, leur Nicolas reprendra conscience.

                                              Et il ne reprit conscience qu’au bout d’un mois et demanda à sortir dehors. L’annonce du retour à la conscience de l’ange de beauté se propagea  à la vitesse d’un oiseau, dans tous les couloirs et dans toutes les baraques de l’hôpital. Avant même qu’il se soit levé, on organisa l’accueil de l’endormi pour toujours. A la tête du comité se trouvait une belle grassouillette qui entrait et sortait de l’hôpital depuis pas mal d’années, et finalement terminait sa vie dans le secteur fermé après avoir perdu tout contact avec la réalité, mis à part son contact avec tout mâle travaillant à ses côtés qui voulait bien lui donner un peu de ses œufs pour qu’elle puisse les lui couver. Notre grassouillette nomma pour la réception Théodore le maigrichon qui, aidé de trois malades devaient battre le rappel du reste de ces pauvres vieux, au moment où Nicolas sortirait pour la première fois du secteur. Environ trente personnes attendaient l’ange de beauté au moment où il sortait du secteur en compagnie du directeur, lequel ignorait tout de cette mise en scène. Le groupe qui devait l’accueillir se tenait debout à l’extérieur du bâtiment central de l’hôpital que jouxtait le quartier fermé. Et, dès qu’il sortit à l’extérieur, alors que ses yeux s’habituaient mal à la douce lumière du jour finissant, les trente personnes se mirent à battre des mains et la belle organisatrice courut vers lui, l’embrassa et dit : » Béni sois- tu, toi qui viens, toi notre ange, pour le grand autobus ! » Théodore le maigrichon, qui peu de temps auparavant sortait d’une séance d’électro-choc, lui serra les mains avec effusion et lui dit : «  Mon frère, mon grand frère ! » et il regarda vers le ciel. Le beau Nicolas ne comprenait rien de ce qu’on lui voulait et se demandait pourquoi Théodore le maigrichon qui était bel homme, mais sans avoir le chic de Nicolas, regardait vers un ciel aussi vide qu’une soupe sans miettes de pain et sans vermicelle, et il demanda : «  Dis-moi, où regardes-tu ? «  Et le troisième camarade de l’équipe d’accueil s’approcha de Nicolas, lui marcha doucement sur le pied afin de lui faire comprendre que, il y a peu, le Maigrichon terminait un traitement à l’électro-choc. Et Nicolas regarda autour et ne comprit pas comment  aujourd’hui, alors qu’il était sur le point de terminer sa fonction et qu’il  est encore clair et pur comme une carte destinée à un groupe d’amis, il se retrouve face à un groupe de camarades qui se tient en face de lui. Et tout ce qu’il voulait c’était ou s’en aller d’ici ou se mettre à jouer de la guitare. Et il dit d’une voix bizarre, même pour lui, vu qu’il n’avait plus parlé depuis son évanouissement. Les mots lui semblaient lourds comme du plomb : «  guitare ! guitare ! » Le directeur du quartier, surpris de cette réception, dit : » merci beaucoup à vous, mais maintenant laissez le tranquille ! » - Et vers l’assemblée se regroupaient les infirmiers et infirmières qui n’étaient pas au courant de l’affaire. Et l’une d’elles fit un bond afin de bien examiner le visage de Nicolas, parce qu’elle voulait lui manifester de l’amitié, une expression israélienne aussi brillante qu’un oignon vert. Les malades répondirent en chœur : «  On ne veut pas ! » Et la belle grassouillette s’approcha de Nicolas et dit : » Dis-nous ce que tu désires, et on te le donnera. » Et il murmure : «  guitare. » Et elle se pencha en arrière et cria : «  Il veut une guitare ! » Et tout le troupeau de la réception commença à courir à travers les sentiers de l’hôpital de luxe et l’on criait ; «  guitare ! guitare ! » Et un silence s’instaura dans tous les bâtiments et criaient : «  guitare ! guitare ! Et seule une vieille paysanne, la mère du chef du gouvernement, Ariel Sharon, celui de Sabra et Chatila, qui avait en propriété les terrains voisins de l’hôpital, leur cria : » Allez au diable avec votre guitare ! « , parce que le jour d’avant elle avait surpris un des patients qui mangeait un de ses  ( ?). Et ils couraient tout autour en criant : «  guitare ! guitare !Et tous les médecins, les soignants, les infirmières, les travailleuses sociales couraient après eux, essayant de freiner leur course de l’autre côté des clôtures, tout en criant : «  Amenez la guitare ! Amenez la guitare ! » Le directeur de l’ établissement courait téléphoner à ses parents. Ceux-ci se précipitèrent et arrivèrent à l’endroit au bout de deux heures environ. Et tout le groupe d’accueil redoublant d’efforts avec l’équipe médicale, dans leurs différentes fonctions, applaudirent les deux arrivant, sortant de la voiture décorée. Et Nicolas prit la guitare, l’embrassa très fort et regarda vers la jolie organisatrice et Théodore, qui était revenu à lui, et tous de s’asseoir sur le gazon proche du réfectoire. La nuit tombait. Il commença à jouer très lentement comme si l’instrument lui aussi était resté figé pendant un long temps. Et il jouait. Mais voilà que sortit Bronia, la responsable des cuisines, et elle criait : » Le dîner est prêt ! Le dîner est prêt ! Mais il continuait à jouer pendant que tous les participants se levaient un à un pour aller dîner pour les uns, et rentrer chez eux pour les autres. Et cette nuit-là aucun des infirmiers surveillant des lits du quartier fermé ne laissa éclater ses pleurs.

                                   Toute  la journée du lendemain, il se tint assis sous un platane proche du petit bassin aux poissons, et il jouait. Tous les essais des malades et de l’équipe médicale pour engager la conversation avec lui aboutirent à un échec. Même les regards des femmes, surtout de celles entichées de sa beauté, ne l’atteignaient pas. Pendant une semaine entière, il resta planté sous son platane sans dire un mot. Et ce n’est qu’ensuite qu’il raconta à ceux qui s’assemblaient autour de lui que, pendant la durée du mois le plus long de sa vie, des anges très forts le traînaient en permanence, soit sur une chaise à porteur soit en le prenant par les cheveux, vers des lieux très éloignés. Et il jura même que, en ces lieux, il avait rencontré le messie Jésus et ses deux principaux apôtres Pierre et Paul, qui lui avaient présenté, pendant le dernier jour, les clés du royaume des cieux. Mais il ;n’avait pas voulu les prendre. Ceux-ci avaient entamé une discussion avec lui et avaient fait des huit dans l’air. Mais lui avait continué de refuser et avait dit que son seul désir était, soit d’être mobilisé dans la légion étrangère française – son rêve d’enfance – ou de vivre dans une des communautés aborigènes. Et les deux apôtres lui avaient dit que personne n’était plus apte que lui pour la fonction de pape. Et après des querelles très dures, les deux apôtres acceptèrent sa position et la querelle se termina par la décision suivante : après sa sortie de l’hôpital, il dirigerait ses pas vers le Vatican pour expliquer au saint siège un certain nombre de principes que l’église chrétienne a oublié depuis bien des années. Et il avait commencé son chemin de pèlerin de l’hôpital, tenant un vieil exemplaire en anglais de la Nouvelle Alliance en faisant lire le Sermon sur la montagne  et son explication. Et toutes les infirmières, assises à ses pieds, écoutaient avec la plus grande attention, tout en riant intérieurement, car qu’avaient-elles à faire avec le Sermon sur la montagne. Il y en avait même qui avaient le regard fixé sur lui comme si elles écoutaient un grand professeur, alors que leur seule pensée était de savoir comment elles pourraient l’entraîner dans une chambre annexe et  faire l’amour avec lui jusqu’à épuisement. Lui n’était absolument pas dans cet état d’esprit et il n’y avait que les infirmiers arabes à se taire car la plupart auraient vraiment voulu monter là-bas, sur la montagne du messie. Et bientôt commença de circuler la rumeur que l’ange de beauté était ou homosexuel ou impuissant, puisqu’au lieu de faire l’amour avec les femmes de l’institut, il baise( !) l’intelligence avec des sermons ennuyeux à mourir. Trois mois se passèrent ainsi et il en eut fini avec l’ensemble de ses sermons. Maintenant il se promenait sans but, les mains dans les poches, sans rien faire. Il ne voulait absolument pas sortir à l’extérieur ni prendre de vacances, parce qu’entre temps ses parents avaient quitté Israël et étaient retournés en Afrique du Sud. Ils avaient laissé le soin de s’occuper du beau garçon, entre les mains d’un jeune avocat, proche de la famille, énergique et ventru, qui lui rendait visite avec grande régularité tous les trois jours, mais ne l’écoutait pas le moins du monde. Il se contentait de se promener par les chemins et de fixer les yeux sur les femmes, les hospitalisées comme les infirmières. Et après que Nicolas lui eut expliqué qu’il n’était pas question pour lui de copuler avec aucune d’entre elles, l’avocat essaya d’appâter des garçons imberbes. Il proposa à certains d’investir de l’argent dans leurs affaires douteuses ou de lancer de nouvelles affaires, distribuant à qui la voulait sa carte de visite. Sa seule demande était qu’on le laisse copuler avec l’une ou l’autre des femmes. Et ceci en échange de divers services qu’il ne manquerait pas de leur fournir à quelqu’occasion à venir. Nicolas ne décolérait pas devant la conduite de cet avocat et il lui dit que ses histoires le fatiguaient et qu’il n’est pas prêt à revoir sa tronche. L’avocat le regarda avec mépris car, en fait, il était son prisonnier et celui de sa famille qui, déjà revenue en Afrique du Sud, transmettaient pour lui d’immenses sommes d’argent afin de permettre à Nicolas un retour rapide à la vie normale et peut-être même de s’acheter une maison. Mais Nicolas, lui, parlait de la possibilité de s’enrôler dans la légion étrangère, de voyager en Australie, d’aller dans un désert égyptien pour un long séjour parmi les moines, un beau geste pour  Saint Antoine. Et il commença une nouvelle série de prêches tournant autour du fait que dans les établissements psychiatriques, on enferme des gens absolument normaux. Et pendant ce temps-là, des fous véritables comme l’avocat, se promènent à l’extérieur en toute liberté, mettant en danger leurs proches, eux-mêmes et l’ensemble de la partie saine de l’humanité. L’avocat rompit tout contact avec lui, car Nicolas se tournait vers toute l’équipe médicale et même vers les patients, leur criant de ne pas prêter attention à ce fils du diable à qui l’argent a fait perdre la tête et qui n’est occupé qu’à satisfaire ses instincts les plus sombres et les plus ( ?), qui se concentrent autour de l’empire du sexe. L’avocat annonça qu’il rompait tout contact avec Nicolas et hurla à son sujet en termes très étudiés qu’il n’est qu’un fainéant et un enfant gâté, bref de la merde. Au moment où les gens normaux doivent ramer pour se situer dans l’ascension sociale, lui se ballade en se traînant sur les chemins de l’hôpital, nous embrouille le cerveau avec ses sermons stupides, la guitare à la main, et tout le monde l’habille et lui fournit la chaleur de la blanchisserie. Evidemment, chaque jour il a un nouveau trou et il ne partage pas à ce sujet avec des gens, comme lui, qui ont soif du contact humain. Nicolas fut blessé jusqu’à l’intime de l’âme et hurla en direction de l’avocat pour qu’il disparaisse de sa vie. Celui-ci, fou de colère, se déchaîna et se mit à cogner sur ceux qu’il rencontrait sur sa route jusqu’à l’entrée de l’institut. Et il annonça à Nicolas qu’il lui restait deux jours pour fixer sa situation vis-à-vis de l’ institut : soit malade, soit bien portant.  Sinon, il cessera de s’occuper de toute affaire en cours le concernant. Ce dernier incident se produisit un jour d’hiver, alors qu’ un soleil froid descendait à l’horizon. L’avocat courut vers sa voiture, tapant des pieds et jurant. Et Nicolas plongé dans une grande détresse, s’affaissa sur le sol et se mit à trembler. Le gardien de l’entrée avertit le médecin de service, qui se tenait prêt avec deux infirmiers arabes et un brancard. Ils tentèrent d’apaiser Nicolas qui tremblait de tous ses membres. Et déjà le bruit courait à travers l’hôpital que l’ange de beauté venait de s’effondrer. Il regardait avec affection les infirmiers arabes, mais ne pouvait articuler un seul mot. Et même vers le médecin de service, il envoyait des regards pleins de supplication. Après une ou deux heures de tremblement, il commença à pleurer. Pour on se sait quelle raison, les médecins se réjouirent de le voir pleurer plutôt que fixer le plafond. Il pleura jour et nuit pendant six jours. Et le septième jour il s’arrêta.

                                                                Au bout d’une semaine, il sortit du quartier, sans sa guitare, et alla rendre visite à Gloria, son amie, une brunette hospitalisée dans le quartier ouvert. Elle habitait dans l’un des Moshav de la Vallée de Raphar. D’abord, elle devait quitter le quartier dés qu’elle le voudrait à cause des trois petits enfants qu’elle avait laissés à la maison. Jusqu’à ce jour de la crise de larmes de Nicolas, celui-ci et Gloria avaient l’habitude de se promener dans l’hôpital. Et ils sortaient dans les environs, lorsqu’ils voulaient se rapprocher et faire l’amour, au grand dépit des infirmières, mourant de jalousie, mais aussi (…………), et au bout d’une semaine, il lui annonça qu’il voulait partir avec elle au loin. Et, à condition qu’elle obtienne de son mari son billet de divorce, il l’épousera et elle pourra amener les enfants avec elle à leur maison commune. L’important étant que tout se passe sans faire trop de bruit. Et ils s’en allèrent vers la pièce libre pour le travail qui se trouvait au bout du poste de surveillance de l’hôpital, car il avait les clés de cette pièce. L’une des infirmières les lui avait données, il y a de cela deux semaines, afin qu’il s’y repose et, si possible, avec elle. Il ne vint pas à sa rencontre, mais demanda à garder les clés. En s’y rendant avec Gloria, il cueillit des fleurs au bord de la route et celle-ci confectionna deux bouquets. Ils entrèrent dans la pièce, se placèrent un bouquet chacun sur la tête de l’autre, et se couchèrent sur le plancher. C’était l’hiver et il faisait froid. Ils revinrent vers le quartier, qui, lui, était chauffé. Mais il était déjà deux heures du matin. Ils se mirent dans son lit où ils se firent des câlins et s’amusèrent jusqu’au lever du soleil. Au moment où ils se séparaient par un long baiser, la voisine de Gloria se leva. C’était une femme respectable, une descendante de l’un  des personnages légendaires du kiboutz Daganiah, aux jours lointains du début du siècle. Celle-ci suivit Nicolas dans le couloir et lui demanda de ne pas recommencer. Il lui assura que l’occasion ne se renouvellerait pas ; qu’à partir de maintenant il se rencontreraient dans n’importe quel lieu possible, sauf dans le quartier. Et Gloria cessa de se rendre à sa maison. Elle se contenta de téléphoner pour converser avec ses trois enfants, lesquels pleuraient en l’écoutant. Parfois son mari venait, ouvrait brusquement la porte du quartier et la traînait de force à l’extérieur .Les infirmiers arabes se jetaient sur lui ,libéraient femme et donnaient l’alarme aux médecins pour régler l’affaire. Ceux-ci décidèrent qu’elle devait renouveler ses visites à la maison afin que les petits enfants n’aient pas à venir à l’endroit où elle se trouvait. Ils lui interdirent, à elle et à Nicolas de se rencontrer. Ils rompirent pour ainsi dire le contact. Mais ils s’échappaient aux dernières heures de la nuit, se dévorant l’un et l’autre sous les buissons ou se sauvant vers le verger tout proche ou vers le champ de la vieille paysanne grincheuse . Et, au printemps, ils prenaient des manteaux ou de vieilles couvertures qu’ils avaient trouvés cachés dans toute espèce de tiroirs , et s’en allaient vers le vieux puits qui se cachait parmi les feuillus, et ils faisaient l’amour jusqu’à l’épuisement de leurs forces. Nicolas amenait parfois une bouteille de vin ou de cognac et ils buvaient, s’échauffaient, se mettaient nus et courraient à travers la fraîcheur du verger allant jusqu’àux champs d’oignons et de choux( ?) de la vieille paysanne. Une fois même, celle-ci à l’aube, conduisant une charrette à ânes ,les vit de loin. Elle descendit, s’avança à pas de loup, recueillit leurs habits et revint vers son attelage. Elle galopa vers l’entrée de l’hôpital pour rencontrer immédiatement le directeur pour lui faire voir ce que font ses malades cinglés dans son champ d’oignons. Elle lui exhiba le butin. Nicolas et Gloria n’avaient pas fait attention. Ils s’étaient réchauffés avec le cognac et leurs exercices amoureux. Ne trouvant pas leurs habits à leur retour, ils coururent tout nus jusqu’à la porte de l’hôpital. Le gardien sortit sa vieille couverture moisie et les couvrit. Pendant ce temps, la paysanne hurlait qu’il fallait le castrer et la stériliser et qu’il fallait changer l’hôpital de place. Elle ajouta que bientôt son fils, qui, en tant que ministre de la défense, dirigea notre armée au Liban, ne tardera pas à régler leur compte comme il l’a fait pour les arabes, à Kibiah d’abord et à Sabra et Chatila ensuite. Le directeur de l’établissement arriva à l’instant car, devant s’envoler après déjeuner pour l’étranger, il avait voulu régler quelques affaires. La paysanne vint au devant de lui les poings dressés. Elle lui dit que le moment était venu d’établir un ordre nouveau entre  les propriétaires des champs et des vergers et ce maudit hôpital. Gloria annonça au gardien qu’elle se sentait beaucoup mieux. Et la paysanne hurla : » Ca intéresse mon cul ! ». Le directeur apaisa la paysanne et lui dit que les diverses affaires seraient jugés à l’intérieur de l’hôpital et pas à la porte. Et Gloria se mit à couvrir Nicolas de baisers et dit : » Il est mon grand amour ! » Et elle éclata en larmes. La paysanne hurla : » C’est amour de tarés, votre amour ! Et mes oignons dans tout ça ! » Le directeur proposa à la paysanne de le suivre au bureau. Il lui proposa une tasse de thé. Mais elle lui dit : «  Je n’ai rien à foutre de votre tasse de thé, maudits fonctionnaires, quand cesserez-vous d’endommager mes récoltes, charognes ? » Le directeur demanda à Nicolas et à Gloria de le suivre dans son bureau. Ils étaient toujours enveloppés dans la couverture. Il récupéra leurs habits après avoir convaincu la paysanne de le laisser les prendre. Elle lui dit : » Les habits sont dans la voiture et l’âne te fera voir où ! » Après que le directeur leur eut donné l’ordre d’aller s’habiller, Nicolas, une fois en route, dit à Gloria que, selon toute probabilité, il va s’enrôler dans la légion étrangère française. Sinon, il partira en voyage pour l’Australie, pour vivre parmi les Aborigènes. A moins qu’il ne se marie avec elle ou avec la fille du Moktar de l’un des villages arabes. En ce dernier cas, il le ferait sur le conseil de l’un des infirmiers arabes qui le soigna pendant un mois avec un dévouement sans limite. Mais ensuite, il dit au directeur de l’hôpital qu’il allait devenir chrétien à cause des clés du royaume des cieux qu’on lui avait transmis.  A moins qu’il ne se fasse musulman eu égard à la conduite vraiment exceptionnelle des infirmiers arabes à son égard et à l’égard des autres malheureux. Et il ajouta qu’il faut laisser en Israël uniquement les femmes. Et tous les hommes, les envoyer au ( ?) car ils sont la merde des hommes en comparaison des infirmières juives et des infirmiers arabes. Le directeur fut un peu blessé à cause des hommes de l’endroit et dit à Gloria : «  fais ce que tu veux ! «  Et elle téléphona à son mari pour lui annoncer qu’elle voulait divorcer pour se marier avec le beau Nicolas. Il lui dit : «  Viens aujourd’hui et nous discuterons de toute l’affaire ! » Elle se sépara de Nicolas et lui dit que bientôt ils commenceraient une vie nouvelle et que, s’il faut partager avec la fille du Mouktar, ce n’est pas un problème pour elle, l’essentiel étant d’être près de lui. Elle partit pour la maison. Là, les enfants l’entourèrent de tous côtés, ne lui laissant même pas la possibilité de préparer le dîner comme il aurait fallu. Il ne pensaient qu’à lui manifester de l’amour dans l’espoir qu’elle reviendrait vers eux. Après leur coucher, elle entra dans la chambre pour prendre des draps dans l’intention de dormir dans le salon. Mais son mari se jeta sur elle en hurlant : » Tu ne feras rien sans que je te l’aie dit ! La maison est la mienne. Les enfants sont les miens. Tu vas cesser de faire la folle et revenir vers moi comme avant. Et maintenant déshabille-toi et enlève ta culotte. Tu vas voir qui est le meilleur, moi ou ton prophète ! » Mais elle lui demanda de la laisser tranquille et elle se mit à pleurer et à crier : «  Nicolas ! Nicolas ! «  Son mari, en sueur, la déshabilla, la pénétra et la fouilla et la fouilla. Elle criait : » Nicolas, Nicolas, mon bien-aimé ! » Et sa mère qui était dans la pièce à côté, entendit les cris et frappa à la porte fermée et hurla : » Arrête de l’étrangler ! » Le mari qui avait beaucoup de respect pour sa mère, répondit : «  Encore quelques secondes ! Encore quelques secondes ! » Après qu’il eut fini et se fut séparé d’elle, Gloria se leva, mit sa robe de chambre et sortit dehors. Elle passa devant sa belle-mère sans dire un mot, passa la porte d’entrée et celle de la cour et fonça vers la rue. Il était déjà minuit. Un autobus dont le chauffeur se dirigeait à vitesse rapide vers le parc de nuit, ne vit pas la personne qui courait vers lui. Il la heurta. Elle fut tuée sur le coup.

       

                                                                 DEUXIEME   PARTIE.

 

                                      L’été arrive avec ses journées longues et chaudes. Mais Nicolas continue son hiver, plus nuageux que jamais. Finis les sermons et la guitare, son éclat et sa beauté se sont ternis. Les remèdes contre la dépression aggravée depuis la mort de Gloria ont abîmé la lumineuse clarté de son visage. C’en est fini des infirmières s’attroupant autour de lui. Il pense même tout quitter et retrouver la vie débridée et dégoûtante qu’il avait à l’extérieur. C’est alors, que se présente à l’hôpital un officier- machiniste, Itshak Borokov,Tsachi, qui fut sauvé, à son corps défendant, d’une mort certaine le jour où, courant sur le pont du navire où il travaillait, il se trouva à la proue face aux eaux de l’océan. Un marin turc qui à cette heure tardive se prélassait dans ce coin isolé de la proue, se jeta sur lui et stoppa son élan vers la mort.

                                        Ce Borokov avait tout d’un employé d’agence, moisi et immunisé contre la joie. De taille moyenne, grassouillet, il avait un regard dépourvu de toute expression. Il devait avoir quarante-cinq ans à peu près. Il aurait pu, depuis bien longtemps, prétendre au grade de mécanicien-chef, mais il avait renoncé à cette responsabilité, au salaire et aux plaisirs attenants. Il avait étudié à l’école de marine de Jaffa, avait servi dans la marine de guerre, avait continué dans la marine marchande, réussissant à merveille. Mais il y avait un domaine où il connaissait un échec cuisant : stopper une bonne fois pour toute la douleur intime qui l’accompagnait depuis qu’il fut capable de sentir les choses. Cette douleur ne faisait qu’augmenter avec les années  de même que  ses tentatives pour la surmonter.

                                             Le capitaine qui était au courant des tendances suicidaires de Borokov, se trouvait par hasard sur le pont au moment de la bagarre avec le marin turc. Borokov hurlait qu’il se sentait sale et qu’il devait se laver dans l’eau de mer. Le capitaine, tout comme les autres, appréciait le travail dévoué de Borokov, natif d’un Moshav voisin de Ramataim, courut à toutes jambes vers la proue. Au moment de son arrivée, Borokov avait déjà fini par admettre que ce n’était pas aujourd’hui qu’il sauterait à la mer. Sur le chemin de la cabine du capitaine pour s’enfiler quelques rasades de wisky, Borokov expliqua au capitaine la raison de sa dernière déprime : son échec continu dans ses tentatives de s’éloigner pour un monde qui soit entièrement bon. Et il lui fourni comme exemple les résultats de son dernier bilan médical annuel, fourni par le médecin de la marine bien connu, le docteur Sevilia, à la demande de la compagnie maritime où il travaille. «  Mon ami, selon toute vraisemblance, tu mourras plutôt d’une vieillesse avancée que d’une bonne chaude-pisse ! » Ces paroles l’avaient plongé dans une immense déception : ces vingt ans de baise sous toutes les formes et sans protection particulière n’avaient mené à rien. Le tissu de sa vie sur le bateau se divisait en deux. Il faisait son travail avec application et fidélité, fruit de son éducation  pendant des années dans un moshav. Mais ses veilles terminées, il s’en allait vers les bars et vers les filles et se déchaînait sans limites. Son salaire se divisait entre sa famille, une femme et trois enfants qu’ils avait abandonnés car, à ses yeux, il n’était pas digne de mener une vie régulière et honnête. Ce qui ne fit que renforcer son sentiment intime très fort qu’il lui  manque une vie de famille régulière et une maison pour atténuer la douleur intime. C’était seulement dans les petits bars aux relents de cigarettes et d’alcool ou dans les lits moisis d’hôtels minables, instaurant un système satisfaisant de » tu donnes et tu prends », ou sur la poitrine des filles d’où émane un parfum de pacotille, des prostituées, qui pour la plupart sont déjà hors service, qu’il sentait la terrible douleur s’apaiser légèrement.

                                                         Au fil des années de navigation, il se créa un lien particulier avec le port grec de Famagouste, qui se trouve à Chypre. Ses vacances annuelles il les passait dans le petit quartier des bars, en compagnie des putes grecques et turques, avec lesquelles il se roulait au point d’y perdre toute sensation de l’espace et du temps. Mais avant d’aller se perdre, il discutait avec une vieille de la bande appelée « Mademoiselle time »Il déposait dans ses mains des centaines, et parfois des milliers de dollars, et lui disait : «  Je vais être lancé pour une semaine ou deux. Tu me fourniras des filles, du Sirtaki, de l’Ouzo et tout le reste. Ensuite, si je ne suis pas mort entre temps, tu me réveilleras de force et tu me mettras soit dans le bateau soit dans l’avion. En route tu recevras un bonus spécial pour l’accord ». Et il en était ainsi.

                                                                   Pendant les premières semaines du séjour de Borokov à l’hôpital, Nicolas le tenait à distance malgré les efforts du premier pour entamer la conversation avec lui. Nicolas, en effet, nourrissait de la crainte pour tout homme dont émanait une forme ou une autre de l’esprit israélien typique, selon la conception qu’il en avait. Borokov riait aux éclats, jurait et ne dissimulait pas des regards de lascivité, chose qui provoquait la nausée chez le bel adolescent attardé. Un jour, alors qu’il se tenait dans le couloir du secteur ouvert, dans lequel ils étaient hospitalisés tous les deux ,Nicolas entendit Borokov et le directeur de l’hôpital discutant sur la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens. Tout en parlant, le directeur de l’hôpital aperçut Nicolas et lui cria/ » Viens-là ! Nous avons un problème avec la première aux Corinthiens, tu pourras peut-être nous donner une explication. Nicolas s’approcha, se montra attentif aux paroles qu’ils échangeaient et leur dit ce qu’il avait à dire. Le directeur du secteur s’excusa d’avoir à se séparer et eux continuèrent à discuter. A partir de ce moment, ils devinrent inséparables.

                                          A partir de sa rencontre avec Borokov, Nicolas connut un vrai retour à la vie. Il avait soudain rencontré un homme selon son cœur. Il se rendit vite compte que son côté bourru n’était qu’une couverture, une partie de certaines règles du jeu. Borokov s’intéressait à tout un tas de sujets à commencer par l’architecture, la musique classique et pour finir avec la construction des bateaux et la structure des algues. Nicolas comprit que lui, à la différence des autres, se conduisait avec respect envers l’équipe médicale et même s’adressait avec attention aux infirmiers arabes. Malgré l’immense colère rentrée à cause de  nombreuses pertes dans sa famille, des victimes du conflit israélo-arabe. Son grand frère, dont il  n’avait pas le moindre souvenir avait péri à Mitla, au cours de la guerre du Sinaï. Borokov avait grandi à l’ombre des images et des récits sur le merveilleux adolescent qui était mort à la fleur de l’âge.

                                                               Nicolas était fasciné par les histoires de marins, bien que la partie débauchée lui restait cachée. Un jour Nicolas dit à Borokov que ses cauchemars sur la destruction de l’humanité ne lui lais saient pas un moment de tranquillité. Il lui exprima le souhait de construire ensemble une arche de Noë afin d’échapper à la catastrophe qui se rapproche. Borokov qui toute sa vie avait rêvé de se construire un petit bateau de bois, sauta à pieds joints sur l’occasion et sans tarder courut vers le directeur de l’hôpital, qui répondit positivement. Le directeur fit en sorte que la construction se transforme en projet commun de tous les gars dans le cadre d’une relaxation par le travail. Il en dit deux mots au père de l’un des patients, importateur de bois à grande échelle.  Et bientôt le premier chargement de planches de différentes dimensions fit son entrée. La pierre d’angle de la barque de bois fut tirée dans un coin spécial préparé comme il se doit entre les barraques éloignées et le verger qui se trouvait en face. Nicolas déclara solennellement que c’était la barque des premiers sauvés au monde. Le lendemain fut posée la cale, la base. Et tout l’hôpital, des malades aux médecins en passant par les ouvriers, entra dans le rythme forcené du travail. Borokov, l’ingénieur, l’entrepreneur, le contre-maître, chacun fut satisfait pendant ces mois de travail.

. Nicolas tenait le marteau et, les clous dans la bouche, répétait tout le temps : » Ils sont les premiers à naviguer vers le royaume des cieux. »  Après avoir peiné tous les deux pendant l’été, avec l’aide des malades, ils voient maintenant la barque prendre forme : sa longueur est de huit mètres et sa largeur de trois mètres et demi. Borokov était- aidé par ses amis de Haïfa, venus lui rendre visite, apportant des matériaux et même des brochure sur la manière de construire un navire, sans parler de beaucoup d’autres détails. Au début de l’automne, le travail était terminé et tous ses constructeurs attendaient  soit une catastrophe, soit la première pluie. Et maintenant, ils étaient l’oreille collée à la radio pour les bulletins de nouvelles, attendant de voir ce qui des deux possibilités arrivera en premier. On organisa une loterie parmi les malades pour tirer au sort les huit heureux survivants. La barque fut fournie avec les équipements, la nourriture et tout le nécessaire. Borokov qui était sur le point de quitter l’hôpital et de revenir à son travail de marin, avait formé, en accord avec ses copains de la marine qui continuaient de leur rendre visite, Nicolas et sa copine grassouillette, à leur fonction de commandement. Les huit rescapés étaient déjà dans la petite barque – «  La Première aux Corinthiens » était son nom – lorsque commença la première pluie. Revêtus d’une combinaison de sauvetage, saisis d’une vive émotion, ils entendirent Borokov, debout sous un parapluie, une petite valise à la main, crier à pleine voix » Levez les voiles ! « Théodore le maigrichon tira les cordages libérés et les posa à l’extrémité de la proue, près de l’ancre levée par Nicolas, pendant que Borokov se dirigeait vers la porte.


Date de création : 06/12/2004 : 04:00
Dernière modification : 23/10/2013 : 10:49
Catégorie : Ecrivains
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